Deux choses à faire avec un milliard d'euros

Deux choses à faire avec un milliard d'euros
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⬤ Édition gibbeuse : pleine lune du 1er février 2026

Par Ambroise Garel

Judicieux investissement dans les industries de l'armement alors que le monde se préparait à lancer la Troisième ? Création d'une startup d'IA au moment où les capital-risqueurs étaient encore prêts à verser des tombereaux de thunes sans poser de questions ? Peu importe comment vous avez fait, le résultat est là : vous êtes aujourd'hui milliardaire. Félicitations !

Reste maintenant à trouver un moyen de dépenser tout cet argent. Plutôt que de subventionner des mouvements réactionnaires (tellement cliché, tous vos amis milliardaires le font déjà) ou de le donner à une bonne oeuvre (faut pas pousser non plus), pourquoi ne pas financer l'un de ces deux projets qui garantira à votre nom une belle place dans les livres d'Histoire ?

Adapter un film en boucle

Rendez-vous sur un quelconque marché aux scripts de films (il y en a dans tous les grands festivals), achetez-en dont personne ne veut, peu importe, le sujet et la qualité du scénario n'ont aucune importance. À l'aide de votre vaste fortune, engagez un réalisateur, financez la production et le tournage du film. Une fois ce dernier terminé, surtout, ne le diffusez nulle part, dans aucun festival ni aucune salle, sur aucune plateforme de streaming. Ce sera important pour la suite. À la place, contactez un auteur que vous paierez pour écrire la novélisation du film, comme cela se fait parfois avec les grands succès du cinéma américain. Une fois cette dernière terminée, les choses intéressantes vont pouvoir commencer.

Entrez maintenant en contact avec un scénariste, qui ne doit pas avoir vu le film que vous venez de produire, ni lu son script. Confiez-lui une copie de la novélisation, ainsi que la tâche de l'adapter en scénario. Trouvez ensuite un réalisateur (qui lui aussi ne doit jamais avoir entendu parler du premier film) qui devra porter à l'écran cette nouvelle version du scénario. Lorsque ce nouveau film sera terminé, trouvez un nouvel écrivain, que vous chargerez à nouveau d'écrire la novélisation de cette nouvelle version, que vous porterez à l'écran à son tour, etc.

Répétez le cycle autant de fois que vos finances vous le permettent. À la fin, vous serez ruiné, mais vous pourrez vous enorgueillir d'avoir réalisé le premier téléphone arabe cinématographique, sur lequel les critiques et les théoriciens du septième art se pencheront avec intérêt pendant des décennies, comparant le premier et le dernier film de la série, cherchant à identifier le moment où telle ou telle information importante a été perdue, l'endroit exact où telle ou telle partie cruciale de l'intrigue a été modifiée.

Pour vous renflouer, vous pourrez toujours sortir l'intégrale sous forme de coffret Blu-ray.

Ouvrir une pâtisserie shakespearienne

"That which we call a rose by any other name would smell as sweet", déclare Juliette à Roméo, de façon un peu hasardeuse si vous voulez mon avis, car je doute qu'elle serait tombée amoureuse de lui s'il s'était appelé Ernest-Rudolphe. Pour le savoir, et découvrir par la même occasion s'il est vrai qu'un nom n'a aucune importance, pourquoi ne pas consacrer votre fortune à une intéressante expérience ?

Commencez par faire un pont d'or à un excellent chef pâtissier, virtuose de la viennoiserie, dont on sait que les créations seront toujours parfaites. Offrez-lui une somme d'argent démesurée, grâce à laquelle il pourra se payer les services d'une armée d'assistants presque aussi doués que lui et faire provision des meilleurs ingrédients.

Trouvez-lui ensuite un local dans une rue très passante, dans lequel il pourra travailler et vendre ses créations à un prix défiant toute concurrence. Des babas au Rhum à faire pâlir Stohrer de jalousie y seront donnés contre une dizaine de centimes. À perte, bien sûr, mais cela n'a aucune importance : vous êtes riche.

Par ailleurs, en plus d'être vendues à un prix dérisoire, toutes les pâtisseries de la boutique auront comme particularité de porter des noms absolument répugnants : croustichiasse, choufoutre, galettocrotte, j'en passe et des pires.

Nous (et, par nous, j'entends : toute l'humanité, qui brûle de le savoir) auront ainsi très vite la réponse à la grande question posée par le Barde immortel de Stratford-upon-Avon : si les clients sont prêts à renoncer au meilleur éclair au chocolat de leur vie, vendu une bouchée de pain, simplement parce qu'il est vendu sous le nom de pâte-à-merde, cela signifiera que Juliette avait tort.


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