Le surgaullisme

Le surgaullisme

◑ Édition croissante : premier quartier du 24 février 2026

Par Ambroise Garel

S'il y a bien un point sur lequel toutes les idéologies, par ailleurs peu amènes les unes envers les autres, s'accordent, c'est pour dire, lorsque quelque chose ne fonctionne pas, que le problème ne peut venir que du fait que leurs prescriptions n'ont pas été appliquées avec suffisamment de zèle.

Confronté à l'échec d'une société communiste, le militant marxiste soutiendra toujours que le problème vient du fait que le véritable communisme n'y a pas encore été institué. Devant l'augmentation de la pauvreté suite à des années de dérégulations et de baisses d'impôts, le libertarien convaincu affirmera que tous ces maux sont dû à une fluidité encore insuffisante du marché du travail. Même le regretté Henri Queuille, placide radical-socialiste, dans une maxime restée célèbre (« Il n'est aucun problème politique qui ne puisse se résoudre par l'inaction »), expliquait que toute difficulté ne pouvait être expliquée que par une insuffisance d'inactivité.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les idéologies se valent, ni qu'elles soient toutes adaptées au génie* de chaque nation. On imagine difficilement le trotskisme, fût-il pur et appliqué sans faille, être approuvé par la société texane. Aussi, pour mettre un terme aux innombrables malheurs qui accablent les hommes depuis la nuit des temps, convient-il non seulement d'appliquer une idéologie avec un dogmatisme d'inquisiteur, mais surtout d'appliquer la bonne.

Par chance, dans le cas de la France, qui nous préoccupe ici, la solution est simple. Il existe une et une seule idéologie propre à notre nation et susceptible de mettre d'accord tous ses habitants : le gaullisme. Suffisamment floue pour plaire à la fois à la gauche et à la droite, à tel point que même les héritiers de ceux qui ont pendant des années tenté d'assassiner le Général s'en revendiquent aujourd'hui, le gaullisme est la solution aux problèmes que connaît notre pays. S'il n'a pas encore réussi à faire de la France une utopie, cela ne peut être que parce qu'il n'a pas été suffisamment appliqué.

C'est pourquoi, tel Zarathoustra enseignant le Surhomme, je vous enseigne le Surgaullisme.

Réunis en pèlerinage à Colombey les trois Églises, toujours prêts à fuir à Baden-Baden-Baden et à lancer leur appel du 36 juin, les surgaullistes se feront, toute leur vie, deux idées de la France. Et, tandis qu'ils guideront le pays vers un nouvel âge d'or, flottera au-dessus de nos têtes leur fier et glorieux drapeau.

* Le concept de génie national (Volksgeist), comme bien des couillonnades sorties de l'esprit tordu des philosophes allemands du XIXe siècle, est fort mal nommé, le « génie » propre à chaque peuple étant généralement la somme de tout un tas de névroses et d'obsessions collectives passablement stupides, mais que voulez-vous, il faut bien utiliser les termes qui existent.


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