L'Acceptation : le récit choc d'un non-transfuge de classe

Quand le déterminisme pousse à se révolter contre le déterminisme, il faut du courage pour refuser de refuser.

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L'Acceptation : le récit choc d'un non-transfuge de classe
Photo by Jean-Baptiste D. / Unsplash

◐ Édition déclinante : dernier quartier du 3 octobre 2026

Par Ambroise Garel

C'est la grande surprise de cette rentrée littéraire. L'Acceptation, d'Édouard Lagagne, a conquis la critique et les lecteurs. Dans ce récit poignant, l'auteur nous raconte comment, né dans un petit village de Moselle, il s'est révolté contre le destin en refusant de devenir un transfuge de classe. Entretien.

Vous êtes né dans un petit village de Moselle que, très jeune, vous avez décidé de ne pas quitter. Ça a dû être un choc.
Complètement. Pour vous donner une idée, sur mes dix meilleurs copains du collège, huit ont fait Sciences Po, trois sont titulaires d'une HDR, sept ont sorti un livre, quatre ont été invités à La Grande Librairie pour raconter leur parcours. Et moi j'étais là, à Varize-Vaudoncourt, à travailler à l'usine. Impossible de ne pas se sentir différent.

Y compris au sein de votre famille. Dans votre livre, vous évoquez des relations difficiles avec vos parents.
Oui, mon père et ma mère sont tous deux en reprise d'études. Ils sont ce qu'on appelle des « transfuges tardifs ». Le soir je voyais mon père qui rentrait de l'école doctorale, pris de boisson, et qui criait sur ma mère, frêle femme engoncée dans sa robe à fleurs, voutée sur ses cours de sociologie sur la table de notre petite cuisine qui sentait l'ail. Ce sont des images qui marquent. Et puis il y avait moi, leur fils, qui n'étais pas comme eux. Ils ne le toléraient pas, me crachaient des citations de Durkheim au visage pour m'humilier, me rappeler que je n'avais pas fait d'études. C'était dur. Mais je leur pardonne, ils sont des victimes autant que des bourreaux.

Des victimes ?
Oui, des victimes. Broyés par par une société qui leur a assigné une place. Savez-vous qu'en France, toutes les huit heures, un transfuge de classe publie son autobiographie ? Comment résister à une telle pression ? On finit par se conformer, par faire comme les autres.

En dehors de votre famille, avez-vous été l'objet de brimades en raison de votre différence ?
Tous les étés, quand mes anciens camarades reviennent à Varize-Vaudoncourt pour voir leurs parents, ils me font passer des entretiens sociologiques. Je sens qu'ils me regardent comme un point de données, pas comme une personne. C'est douloureux.

Y a-t-il a eu des moments dans votre vie où vous avez eu envie de lâcher l'affaire et de monter dans l'ascenseur social comme les autres ?
Bien sûr. Quand le déterminisme vous pousse à vous révolter contre le déterminisme, il faut du courage pour refuser de refuser. Mais j'étais déterminé.

Votre livre est un succès critique et public, mais certains lui reprochent tout de même une forme de classisme dans la façon dont vous décrivez vos anciens camarades. Que leur répondez-vous ?
Écoutez oui, il a pu m'arriver d'être dur. Mais quand j'écris que « la plupart d'entre eux sont quand même un peu devenus des têtes de cons », je crois que j'approche une certaine vérité. Et dire le réel, n'est-ce pas la mission première de la littérature ?

Votre vie a-t-elle changé depuis la sortie du livre ?
C'est incroyable, je croule sous les propositions. Mon éditeur m'a déjà versé une avance pour mon deuxième livre et une adaptation au cinéma est en cours. C'est bien simple, pour parvenir à faire face sans passer mes journées dans le train j'ai dû déménager à Paris. J'en ai d'ailleurs profité pour entamer une licence de lettres modernes à la Sorbonne. Mais je compte bien descendre en Moselle pour les vacances cet été.


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