Le Mind Gaming, ou comment jouer à un jeu vidéo dans sa tête
◐ Édition déclinante : dernier quartier du 9 mai 2026
Par Ambroise GarelL'avenir, on le sait car on nous le répète à tue-tête chaque matin dans le poste, sera rude. Les prix de l'énergie et du carburant fluctuent aussi vite que les frontières internationales, tandis que celui des produits électroniques, qui récemment encore limitait l'inflation du panier de la ménagère (source : INSEE), flambe désormais autant que celui de la baguette de pain. C'est désormais chose certaine : demain, au mieux après-demain, vous ne pourrez plus offrir à vos enfants la Playstation dont ils rêvent pour oublier qu'ils ont le ventre vide.
Heureusement, de récentes percées dans le domaine de la psychologie appliquée ont permis de trouver une solution à ce problème, ainsi qu'à tous les autres ennuis et externalités négatives imputables à l'industrie du jeu vidéo (nécessité d'acheter régulièrement de nouveaux jeux coûteux, de remplacer tous les deux-trois ans du matériel obsolète qui va s'entasser dans des décharges au Ghana, etc). Désormais, pour jouer à un jeu vidéo, vous n'avez plus besoin que de votre imagination.
Attention, il ne s'agit pas là de se contenter « d'imaginer un jeu vidéo » ce que n'importe quel gamin a déjà fait dans la cour de récréation en se rêvant game designer. Non non, il s'agit ici de véritablement jouer à un jeu vidéo dans sa tête et de profiter, sans consommer un wattheure d'électricité, de toute l'excitation que pourrait procurer une console de salon traditionnelle.
On sait depuis Freud que l'être humain n'est pas, comme Sigmund le disait lui-même (mais en allemand, ce qui est plus impressionnant), « maître en son domaine. » Il est en effet sujet à tout un tas de mouvements internes sur lesquels il n'a aucun contrôle et dont certains sont particulièrement peu cools, comme la pulsion de mort et autres tendances à l'autosabotage. C'est sur ces dernières que repose le principe, révolutionnaire, du mind gaming.
Prenons en guise d'exemple, si vous le voulez bien, un écran tiré du premier niveau de Super Mario Bros. (Nintendo, 1985). La technique que vous êtes sur le point de découvrir peut être appliquée à n'importe quel jeu réel ou imaginaire, mais celui-ci a le mérite d'être très simple, ce qui le rend particulièrement adapté aux débutants. Voici donc cet écran :

Vous l'avez en tête ? Bien. Maintenant fermez les yeux, imaginez-vous la scène et déplacez le petit personnage de droite à gauche. Ça va toujours ? Ok. Essayez de sauter par-dessus le trou à droite de l'écran afin de passer à l'écran suivant. Facile ? Ça devrait l'être. Ça devrait même être enfantin puisque la scène que vous êtes en train d'imaginer, par définition, n'existe que dans votre esprit. Pourtant, comme vous l'avez peut-être remarqué, parfois, vous tombez. Vous avez beau imaginer que vous sautez et atterrissez de l'autre côté, vous ratez votre coup. Et même si vous avez réussi, qu'avez vous découvert en atteignant l'écran suivant ? Peut-être une plaine facile à traverser, mais peut-être aussi un niveau archi-difficile, plein de pièges, dans lequel vous devrez enchaîner les sauts à la perfection. Dans tous les cas — et c'est là le principe du _mind gaming_ —, vous devez vous laisser porter. Si vous tombez, vous tombez. Si le niveau qui s'impose à votre esprit est difficile, eh bien, vous devrez quand même le traverser, même si cela doit vous demander mille tentatives. Le principe est exactement le même que dans un jeu vidéo classique, si ce n'est qu'au lieu d'affronter les règles physiques imposées par un microprocesseur simulant le monde de jeu, vous devez lutter contre votre subconscient.
Avouez qu'en plus d'être une méthode économique et pratique (il est très facile de jouer dans les transports en commun, pendant les réunions pénibles au bureau, etc), elle est très classe.
Il est d'ailleurs certain que vos enfants seront réceptifs à cet argument quand vous leur expliquerez qu'il faudra cette année se passer de nouvelle Xbox.
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